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Hommage

Mikaël Le Berre, un grand serviteur de la plaisance

Mikaël Le Berre, le dernier barde-navigateur breton, nous a quittés le dimanche 11 juin. Il avait 75 ans. Il était le sixième d’une fratrie de neuf enfants. De son père Marc - l'un des plus grands brodeurs de Quimper -, Mikaël avait acquis une profonde connaissance de la culture bretonne. «C’est aussi mon père qui a inventé le Kabik. Mais oublia de déposer le brevet !»
  • Publié le : 30/06/2017 - 17:20

Mikaël Le BerreJuillet 2013. La première rencontre de Marieke avec Mikaël Le Berre, propriétaire de Lady Flow.Photo @ Anne-Lise Lepellec/Pianocéan
Comme Peter Haward et Michaël Birch, il fut convoyeur de yachts pour la société Marabel de 1966 à 1976. Il intègre ensuite avec le photographe Erwan Quéméré la nouvelle revue Les Cahiers du Yachting. Avec André Costa, Alain Corroler et Yves Devillers, Mikaël sera responsable des bancs d’essais du magazine. Sa connaissance des côtes bretonnes était exceptionnelle. Henri de Constantin de Neptune-Nautisme lui confie plus tard la rubrique "Guide de Croisière" pendant dix ans. Avec le talentueux photographe Eric Guillemot, il publiera ensuite La Bretagne vue du Ciel par des marins. «Eric m’emmenait dans son petit avion pour photographier les détails de la côte. Pendant qu’il se penchait à l’extérieur pour prendre ses photos, je devais prendre le manche ! Et je n’avais jamais piloté de ma vie !»

Mikaël était un conteur jovial et malicieux en diable. Avec ses compères Alain Corroler et Yves Devillers, il n’avait pas son pareil pour imiter l’accent inoubliable de Philippe Harlé. Olivier de Kersauson respectait beaucoup Mikaël. Une belle complicité était née entre eux. «Il a eu la trouille de sa vie lorsque j’ai piloté son trimaran à moteur Ocean Alchimist à plus de 25 nœuds dans l’étroit passage du Trouziard ! Son bateau fait quand même 11 mètres de large ! Tu aurais vu sa tête ! Mais bon, nous avions effectué avant plusieurs passages à vitesse plus réduite…»

Grand barreur de brise, Mikaël sera embarqué par Eric Tabarly en 1973 comme chef de quart sur Pen Duick VI pour les étapes du Sud de la  première Whitbread. Pendant trois ans, de 1976 à 1978, il sera le skipper du Vendredi 13 aux Antilles, en alternance avec Yvon Fauconnier. Un an plus tard, le voilà capitaine de Julie Mother, une splendide goélette de 30 mètres construite par le chantier italien San Germani.

Mikaël Le BerreMikaël Le Berre au Centenaire de Pen Duick à Bénodet en 1998.Photo @ Christian FévrierEn 1981, il décide de poser son sac à terre et devient directeur régisseur du port de plaisance de Port-la-Forêt. Une aventure de sept ans qui va lui apprendre à se confronter à la bureaucratie et où il prendra plaisir à s’investir dans les nombreuses associations qui régissent le monde des ports de plaisance. Puis en 1988, il deviendra le directeur des ports du Pays de Lorient. Il va mettre en pratique tous les enseignements tirés de son aventure précédente et devenir le maitre d’œuvre de ce port dont il avait tant rêvé à Port-la-Forêt, et qui verra le jour à la marina du Kernevel à Lorient. En 1993, il sera à l’origine de la création de l’Association des Ports de Plaisance de Bretagne.

Victime d'une chute d'échelle alors que sa goélette Lady Flow se trouvait à terre, Mikaël vendit son Freedom 40 en 2013 à la jeune chanteuse pianiste Marieke Huysmans. Une rencontre qui avait ramené un grand soleil dans sa vie.

Mikaël Le BerreMikaël Le Barre à la barre de Moonbeam III. Centenaire de Pen Duick à Bénodet le 30 mai 1998.Photo @ Christian Février


Et jusqu’à la fin, Mikaël remua ciel et terre pour l’aider dans sa première visite des ports et des îles bretonnes. Trois jours avant son dernier appareillage, Marieke lui rendit une dernière visite à l’hôpital. Et nota sur son blog cet hommage à son dear Captain :

«Tu dormais dans les limbes d’un coma médicamenteux... On avait envie d’te r’trouver, de se frayer un passage jusqu’à toi à travers l’opium et la morphine… de faire résonner la corne de brume pour que tu saches que nous étions là. Alors, j’me suis mis à chanter fort LadyLand «I will miss you all your laughters, old men...» et là, des limbes brumeuses, tu nous a fait un signe : une larme, au coin de ton œil, s’est formée et a coulé. Alors, j’t’ai parlé bien fort pour te dire : «Ouais ! Captain ! T’inquiète, quand on a pas les mots, nous z’autres, on a les antennes !!! Et j’peux te dire qu’on te reçoit 5/5 Capitaine, fort et clair, FORT et CLAIR !» J’avais jamais vu une goutte d’eau parler autant. Jamais vu une goutte d’eau embrasser des gens. Jamais vu une goutte d’eau sortir seule d’un océan. Jamais entendu crier une goutte d’eau si fort. Jamais entendu rire une goutte d’eau… Une.goutte.d’eau. Pleure t’il ?»